12 avril 2008

Dernier mot

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Mon abonnement  arrive a son terme et je ne le renouvelle pas. Je n'ai pas trouvé sur la plateforme de Hautefort ce que je cherchais.

Tout en vrac: je n'ai plus d'inspiration. Je suis fatiguée. J'ai des problèmes  médicaux qui ne mettent pas ma vie en danger mais qui me créent des problèmes d'organisation, de concentration. J'ai aussi parfois des douleurs physiques très importantes.

Hautefort ne me plaît pas.  Je ne sais même pas trop pourquoi.  Comme c'est payant je ne vois pas pourquoi je m'acharnerais.

Les autres blogs; je n'arrive plus a les lire. Le temps, l'energie, me manquent.

J'ai deux petits enfants depuis l'été dernier. Une fille et un garçon.  Cela explique peut-être mon moindre investissement dans les blogs.

Je me souviens:  quand ma fille aînée est née il y a de cela 25 ans, moi qui était une dévoreuse de bouquins, j'ai soudain arrêté de lire. Depuis je lis très rarement des romans. Cela a été drastique.

 Je vous aime: vous êtes des gens biens. On se reverra. mon email est d_n_a@zahav.net.il.

Mon nouveau blog sera donc sur blogspot que je préfère:   Il s'intitule "la fin de la poésie"  http://fin-poesie.blogspot.com


Au revoir, Nathalie

20 mars 2008

Les guerres

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A quelle guerre avez-vous participé? Questionnaire familial


Mon arrière grand-père Luzer: le conflit Russo-Japonais.

- Ah ben ça alors, mais c'était au début du siècle, du siècle précédent c'est a dire ... Mais quel âge avais-tu Zaide?

- J'avais 40 ans environ et j'étais père de 8 enfants. Je suis revenu sain et sauf et j'ai eu encore 4 enfants dont ta grand-mère.

Mon arrière grand-père Joseph: la première guerre mondiale

- J'étais officier sur un sous-marin de l'empire austro-hongrois.

- Il y a beaucoup de mers et océans dans l'empire austro-hongrois Hopa?

- Non ... Ma base était a Pola. C'est aujourd'hui en Croatie et on dit Pula.

Mon arrière-grand-père Tauber: la première guerre mondiale

- Tu étais dans les tranchées?

- Ben oui.

- Et les boches te tiraient dessus?

- Ben non ...

- Comment ça?

- Les boches, fiston, c'était moi.

Mon grand-père Léon: la seconde guerre mondiale

- Raconte moi pépé. Dans quelle armée étais-tu?

- Je me suis porté volontaire dans la brigade polonaise de l'armée française. J'ai été fait prisonnier sur la ligne Maginot. J'ai été interné dans le Stalag VIIA en Allemagne et le Stalag XVIIB en Autriche.

- Et quand tu es revenu, ca s'est passé comment?

- A l'arrivée du train ma famille m'attendait. Mais tu sais ce qui m'a le plus ému c'est de voir mon fils, Lucien. Quand je l'avais quitté il était bébé et la, sur le quai de la gare, j'avais un petit bonhomme de 6 ans devant moi!

Mon oncle Lucien: la guerre d'Algérie.

- Tonton, alors cette guerre?

- Oh tu sais, moi j'étais dans les bureaux. Comptabilité.

- Sinon?

- Sinon rien.

Mon père: la première guerre du Liban

- Papa c'était comment?

- C'est très joli le sud Liban.

- Oui et encore?

- De très beaux paysages vraiment.

- C'est tout?

- Ah et puis je me suis fait des amis.

Mon ami, Fanfan: la deuxième guerre du Liban

- Je suis au pub du coin Fanfan, je pense a toi. Tu te souviens quand on était tous bourrés et on s'était perdus sur le périphérique? La je sens que je bois trop ... Si tu étais la tu me dirais d'arrêter.

- J'ai rencontré une fille Fanfan. Elle est jolie et elle me fait rire. Dommage que tu ne puisses pas me dire ce que tu en penses. C'est difficile de prendre des décisions en général, non, tu trouves pas?

Moi:  la prochaine

14 mars 2008

Le rhinocéros

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Bloquée en blog: les mots ne décollent pas. Ce n'est pas  l'inspiration, non pas l'inspiration. J'ai toujours plein d'idées et pensées qui me passent par la tête. Mais je suis  bloquée.

Pourquoi? Le plus curieux c'est que lorsqu'on est bloquée, on est aussi bloquée pour expliquer pourquoi on est bloquée. C'est comme ça.

Toute la vérité: quand j'étais petite je restais souvent seule à trafiquer plein de trucs dans ma chambre. Réorganiser mes livres par exemple ou mes bibelots. Cela pouvait prendre des heures entières ... Pourquoi des heures entières? Je vais vous dire toute la vérité. Quand j'étais dans ma chambre au premier étage de l'avenue de Verdun il se passait des choses bizarres: les aiguilles de l'horloge tournaient toutes seules. Je rêvassais un peu et clac on était passé de 5 heures à 8 heures du soir sans que j'aie le souvenir d'avoir fait quoi que ce soit.

C'est pas grave docteur: non c'est pas grave du tout. Les enfants ont le droit d'avoir un monde intérieur ou ils se réfugient souvent. Et les dames qui ont la cinquantaine passée, c'est normal aussi?

Et bien ça dépend ...: dit le docteur.

La solitude: c'est comme le silence. Parfois ça fait du bien et parfois ça hurle. Parfois c'est juste un moment charnière, parfois c'est un gros bout de la vie.

Au commencement: j'étais très seule, dans un monde à part. Je n'étais nulle part, attachée et rattachée aux gens qui m'étaient nécessaires pour vivre, comme un parasite sur un rhinocéros, partie pour l'aventure de la vie sans avoir d'identité.

Le problème:  un jour l'animal arrive au bout de son chemin, s'affaisse et s'écroule. Et là, non seulement on est un parasite, ce dont en soit il n'y a pas à se vanter, mais en plus on est coincé sur une carcasse de rhinocéros. Mais qu'est ce qu'on a l'air bête comme ça, à ne rien faire, à ne rien sucer, à ne rien parasiter. Et on reste coincé, pendant des heures, que dis-je, pendant des années. On imagine dans nos rêves qu'à  un moment donné la tête du mastodonte va se retourner et va nous dire: "allez, ma chérie, c'est fini, tu peux t'en aller."

J'ai la nostalgie du temps: ou j'écrivais mon roman. Je l'avais commencé l'année dernière, deux mois a peine après la mort de ma grande soeur. Dans le monde fictionnel de mon écriture, ma soeur n'avait pas survécu la shoah: elle avait été denoncée, deportée et gazée.

Je m'affaire pourtant: à plein de choses, travail, études, volontariat, ma famille , mes amies, mes petits-enfants. Je fonctionne. Oui je fonctionne...  Mais parfois je m'arrête et je constate incrédule qu'il n'est plus 5 heures de l'après-midi: il est 8 heures du soir.

24 février 2008

L'absence

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Il fut un temps: ou j'étais organisée. J'écrivais ma note et je visitais mes amis-blogs, consciencieusement, les uns après les autres.

Je ne peux plus: je suis un peu fatiguée, déglinguée, rêveuse. Je n'ai plus envie de faire les choses comme d'habitude.

Mon petit-fils: sa naissance m'a bouleversée. Je ne m'attendais pas à ce que cet évènement prenne une telle importance dans ma vie. Et pourtant j'ai déjà une petite-fille.

Ma petite-fille: elle se balance comme une gondole vénitienne, en avant , en arrière. Elle gazouille pendant des heures. Son regard est perçant et enveloppant - étonnant pour un bébé de 6 mois.

Mes filles: nous sommes assises toutes les trois dans la chambre du nouveau bébé. Chacune de mes enfants a un enfant sous le bras. Et puis "clic" une photo s'enregistre dans ma tête ... Est-ce la photo du bonheur, la photo de l'irrémédiable, du futur? La photo de ma réalité ce jour-la, le lendemain d'une petite tempête de neige à Jerusalem? Oui , c'est ma vie. Je suis troublée. Je pense à ma mère.

Ma mère: coupée, disloquée, arrachée, démembrée, écrasée, paralysée. Ma mère absente de ma maternité. Ma mère d'une présence lourde sur mon épaule, ma mère qui m'aimait pourtant. Qui m'aimait.

Dans l'orage: viennent tous les souvenirs. Je suis bien ingrate. Ma mère n'avait pas choisi sa paralysie ni sa dépendance. Ma mère n'avait pas choisi son impuissance et son absence. Jour noir frontière d'août et septembre ou je n'avais pas encore 20 ans et ou elle est partie de moi en un instant, en un effondrement. Je lui pardonne d'avoir brisé mon coeur.

Que dis-je: Je lui pardonne de l'avoir pris, de l'avoir jeté à la mer, si loin, si loin. Et moi aussi je me pardonne, de l'avoir laissé ou il était, exilé, pour avoir moins mal et pour survivre sans elle.

L'absence: le silence de ceux qu'on a aimés, de ceux qu'on a perdus. A chaque tournant de ma vie, à chaque virage, le silence revient me saluer comme si j'étais la reine d'Angleterre en personne, à coups de courbettes, révérences et ronds de bras. Puis sans broncher, il recule, il distribue quelques sourires gênés et il s'en va.

Et moi: je reste moins seule et plus forte à chaque fois et mon royaume avec moi.

13 février 2008

La boucle est bouclée

 

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Vous vous souvenez de mon histoire "Tai Chi, la chienne blanche"? Elle se terminait ainsi:

Rani et Sandra ne sont pas des personnages de conte de fées ; ils sont bien réels. A Jerusalem, au creux de l'hiver 2008, ils attendent sous peu la naissance de leur premier enfant.

 Derniers développements: Rani et Sandra ont eu un fils il y a quelques jours. Ainsi, 76 ans après les presque fiançailles de Myriam Blumfeld et Isaac Silberstein, la boucle est finalement bouclée.

PS:  une coïncidence sans doute ... le jour ou le bébé de Rani et Sandra est né, je suis devenue grand-mère pour la seconde fois.

03 février 2008

Trente

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 Il y a trente ans: je me suis fiancée. Mes parents ne connaissaient pas mon futur mari. Ils ne l'avaient jamais rencontré. Je n'avais pas parlé de lui dans mes lettres. Un jour j'ai pris le téléphone et j'ai dit à mon père "je me suis fiancée. Il est américain".
 
Il est américain: on ne peut pas dire que mon père ait été surpris de cette nouvelle. Un jour, j'avais dit à ma famille "quand je serai grande je me marierai avec un américain".  Pourquoi avais-je dit ça? Tout simplement parce qu'à cette époque, quand j'avais huit-neuf ans, je savais déjà que je n'étais heureuse nulle part, nulle part sauf à la base militaire de Touvent, chez les américains. 
 
La base de Touvent: à la base militaire de l'OTAN, je partageais les bancs de l'école avec des petits américains. Je ne sais pas pourquoi, mais je les aimais. Je les trouvais chaleureux, je les trouvais gais. J'étais timide, effrayée. J'avais des jours lumineux et j'avais des jours sombres qui s'entremêlaient les uns dans les autres. Ma compagne de classe, "my partner"qui m'avait été designée s'appelait Vicky.
 
Vicky: J'ai retrouvé Vicky il y a deux ou trois ans. Elle habite en Californie. Cela m'a fait bizarre. Nous nous souvenions très bien l'une de l'autre. Elle m'a dit "tu parlais l'anglais couramment quand je t'ai vue la première fois". Je lui ai dit: "ce n'est pas possible, j'ai commencé l'anglais en septembre, comme les autres au programme bilingue". Elle m'a dit "Non, non,  je me souviens clairement que tu parlais déjà l'anglais au début de l'année".
 
Une énigme: c'est une énigme. Ça n'a aucun sens. Vicky doit se tromper. 
 
Jeff:  quand j'ai rencontré Jeff alias Stan dans "Anna R. Licht", j'etais encore bien timide, silencieuse et observatrice. Jovial extérieurement, disjoncté intérieurement, il avait besoin de se reposer et de parler de lui, dans sa langue maternelle si possible. Quand on dit que les langues étrangères ouvrent des débouchés, c'est vrai.
 
Conclusion: sur une échelle de un à dix, dans quelle mesure suis-je satisfaite de ma décision d'il y à trente ans de me fiancer avec le Guerrier Ottoman? Sur une échelle de un à dix? Trente.

29 janvier 2008

Ça alors

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Ça alors!: je ne me souviens plus quand on doit écrire ça ou çà avec un accent ... C'est grave docteur?

Mon médecin: j'ai besoin de lui. Le médecin de ma mémoire, de ce que je suis.  Il est devenu lui-même un objet de ma souvenance. Il est devenu comme les autres, un mannequin disloqué, utilisé, fatigué. Il me manque.

Et pourtant: à l'intérieur de moi, silencieux mais puissant comme un père intérieur, comme une mère intérieure, à cet endroit là, il me protège, il m'aime et je sais qu'il est indestructible.

Il me dit: c'est comme ça. On ne sait pas toujours où mettre l'accent. On ne sait pas toujours quand c'est grave, ou aigu ou même circonflexe. On ne sait rien. Certaines choses n'ont pas l'importance qu'on leur accorde.

Ma soeur me manque: j'attends à tout moment la naissance de mon petit-fils, mon deuxième petit-enfant. J'attends le début de cette vie et je ne sais plus ... je ne sais plus ce que ma soeur aurait dit. J'aurais bien voulu lui téléphoner, maintenant, à cet instant, au lieu d'écrire une note sur mon blog.

Je me demande: qui est l'enfoiré qui a déclaré qu'une année c'était suffisant pour faire son deuil?

Ceci n'est pas un coup de déprime: ceci est un accent grave sur çà.

28 janvier 2008

Retour à l'auberge

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L'auberge espagnole: j'ai revu le film de Klapisch  aujourd'hui. Pendant ses examens à l'hôpital le héros de cette histoire rêve qu'il a oublié le français. "J'ai oublié ma langue maternelle" dit-il en espagnol.
 
Mes parents: leur langue maternelle était le yiddish.
 
A moi aussi: ça m'arrive parfois ... Je cherche un mot en français, je l'ai oublié ... puis deux mots, puis toute une phrase. Parfois c'est plus simple pour moi de ne plus parler le français.
 
Moi: ma langue maternelle est le français.
 
Le choix linguistique: quand j'ai eu mon premier enfant j'ai fait le choix de ne pas lui apprendre le français, ma langue maternelle. Je portais alors en moi une colère contre mes racines linguistiques qui était à priori inexplicable.
 
Mes enfants: leur langue maternelle est l'hébreu.
 
Et pourtant: je n'en veux pas à la langue française. Elle ne m'a jamais fait que du bien. En n'en faisant pas une des langues maternelles de mes enfants, j'ai voulu couper les ponts à ma manière. J'ai voulu dire " la France n'était pour moi qu'une gare de transit identitaire".
Mon pays natal avait pour mission de faire tampon entre la Pologne et moi. Mission accomplie.
 
Ma petite fille: sa langue maternelle est le yiddish.
 
Ou presque.

27 janvier 2008

Le guide du devoilage II

  Conte platonique

en deux volets 

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Clara : Ma référence quand je posais la question du voilement de Dieu était la Shoah. Toute une génération qui a vécu la Shoah ne l'a survécue que pour s'insurger contre ce Dieu qui s'était voilé la face et le cœur et était resté silencieux et impuissant. Dans ce contexte, de quelle rationalité serait-il question? Et pourquoi chercher Dieu quand il est parti?

Leo : Ainsi Aristote nous parle de "Physique" puis ensuite de "Métaphysique", nous invitant à étudier le "Monde" physique puis à aller au-delà de cette Physique. On pourrait ainsi presque déduire que le voile physique est indispensable (à travers sa compréhension / sa beauté ? / la quête de sens qu'il impose) à la découverte métaphysique.

Clara : Je crois que vous parlez du récipient qu'est l'enveloppe physique. Cette idée de voile physique me rappelle davantage l'obstruction des dogmes de modestie vestimentaire dans l'Islam et le Judaïsme aussi. Des notions de caché/rével
é, dedans/dehors, privé/public.

Leo : On pourrait ainsi dire (mes phrases sont au conditionnel je ne suis pas théologien, spécialiste de la philosophies des sciences ...) que ce guide, la Thora, passe justement aussi par la maîtrise de ce monde matériel, de ce voile qui semble obscurcir/obstruer notre élévation vers le mystique. La Thora, en nous astreignant à la pratique de commandements concrets réalisés dans le monde de la matière, nous appelle à "transcender" la Physique vers un au-delà pourvu d'un sens.

Clara : Mon opinion personnelle est que cette idée de voile matériel au travers duquel il faudrait "passer" pour le transcender est une approche masculine de la révélation. Le monde matériel est à mon avis un récipient dans lequel nous agissons et dans lequel Dieu a sa place de façon permanente. Il est écrit « veshahanti betoham - je résidais en eux ». Ainsi n'est-il pas question de "passage" mais plutôt d'une fécondation entre nos actions (la pratique des commandements de la Thora) et la présence spirituelle de Dieu.

Leo : Prendre ce voile pour le maîtriser et non plus pour se laisser envelopper dedans et berner dans un cloisonnement passivement accepté.

Clara : Intéressante idée: maîtriser. Je pense que l'on maîtrise du haut vers le bas et non le contraire. Une idée puérilement hassidique sans doute, mais c'est celle qui correspond à mes capacités... Faire joindre le spirituel à la matérialité c'est rester à jamais dans l'état du bébé nourri par sa mère, c'est aussi Yaakov déjouant Esau utilisant les signes matériels pour faire gagner le spirituel.

Leo : Travailler sur l'Esprit et la Lettre, et non pas rejeter "la Lettre", la pratique, comme ont voulu le faire nos successeurs dans l'interprétation de la Bible. Aussi sans doute une façon de garder l'Esprit sur terre (si l'on peut dire) car en fin de compte, pourquoi Dieu nous aurait-il créés matériels? Pas pour fuir la matière (ce serait dire que les créations divines sont inutiles) mais pour l'utiliser [avec esprit ].

Clara : Vous rejoignez ce que j'ai dit concernant le récipient. Au contraire du dogme chrétien, le Judaïsme ne voit pas dans l'enveloppe matérielle que nous sommes un parangon d'impureté, une source de pêche inexpiable. Bien au contraire la Thora de même qu'elle nous indique comment planter un verger, soigner nos animaux, construire notre maison, ériger une barrière, nous indique également comment vivre, accepter et utiliser notre corps.

Leo: comment faire l'amour par exemple.

Clara: oui, la fusion ultime de la matière et de l'esprit.
 

Leo: vous qui avez tant d'esprit ... je ne sais pas trop comment entrer en la matière ...

Clara: vous voulez continuer cette discussion dans un endroit plus confortable?

Leo: oui c'est ca.

Clara: votre appartement par exemple?

Leo: oui c'est ca.

Clara: et bien Leo, vous avez perdu votre verbe tout à coup?

Leo: ah ... Chère Clara, les femmes sont tout aussi proches de Dieu que du monde materiel; elles savent naturellement allier l'esprit et la matière . Les hommes sont tout le contraire: ils exercent l'un ou l'autre, alternativement.

 

25 janvier 2008

Le guide du devoilage I

 Conte platonique

en deux volets

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Clara, Leo et Francois discutent d'un sujet précédemment abordé par un quatrième interlocuteur, absent dans ces échanges: quelle est la signification de la racine hébraïque SFR? Le premier sens évoqué est celui du livre, « sefer » en hébreu.

Clara: il existe d'autres sens de la racine SFR: « lispor », compter (des chiffres), « lesaper », raconter (des histoires), « lesaper », couper (les cheveux en quatre) et pour finir le sens de frontière, limite (yeshouv sefar: village frontalier).

Francois : la racine SFR peut aussi signifier message ou messager (le livre n'est-il pas un messager ?). Messager, donc pourquoi pas voyageur... A noter qu'en arabe, safara veut dire non seulement voyager, mais aussi dévoiler : sefirah ?

Clara : Dévoiler (en arabe) et raconter (en hébreu) ont le même sens dans la mesure où la narration vient dévoiler le secret. Le voile c'est la séparation, la barrière, la membrane entre l'obscurité du secret et la lumière qui le met à jour.

Leo: même le SoFeR (scribe) qui vient fixer/figer les mots par écrit, suscite la dynamique du dévoilement et de l'interprétation orale. L'écrit vient et nous interpelle et nous fait parler. Il y a peut être ainsi deux (sapara) dévoilements; celui du (messager) conteur, et celui du (sofer) le scribe/l'écrivain. Ainsi le sofer viendrait fixer/figer ce qui a été dévoilé par la parole.

Francois: vos paroles sont un voile qui cache votre cœur, mais surtout elles le révèlent. Car je ne saurais rien de vous si vous ne parliez pas. Pourtant, il ne me suffit pas de vous écouter pour saisir votre message. Au travers de vos paroles, je cherche l'implicite. J'interprète. Car vos paroles ne disent pas seulement ce que vous avez l'intention de faire savoir, elles trahissent aussi vos émotions. Donc le voile "suggère" ce que vous avez sur le cœur. Pourquoi ? Parce qu'il en est une émanation. Le voile est une émanation (sefirah) de la lumière. La narration ne permet pas de dévoiler le secret, car le secret est impénétrable, mais elle le révèle. Je ne peux pas regarder cette lumière, mais maintenant je sais. Je sais de quel côté chercher la lumière. Sans le voile, je ne saurais pas.

Clara : Révéler un secret dites vous sans le dévoiler? Cacher et révéler tout à la fois, c'est tout le programme du cœur humain.

Leo : le voile invite au dévoilement. D'ailleurs le Monde/Univers "HoLaM" vient de la racine HLM qui veut dire voiler/cacher/disparaître. Le monde est un voile et notre tache est de soulever ce voile pour ne pas se laisser enfermer par une matérialité première qui nous empêcherait d'avancer. Mais chacun en découvre et en relève un pan, lui donne un sens qui souvent lui est propre. Le dévoilement n'est donc pas toujours universel mais personnel, et en ceci, ce dévoilement reste parfois caché aux yeux des autres car il est personnel.

Clara : Et que se passe t’il quand Dieu lui-même se voile et nous ne le voyons plus? A t’on le droit d'exiger une explication, un guide du devoilage?

Leo : On a toujours le droit "d'exiger" une explication, sinon le devoir de le faire! Vous savez bien que la question est peut-être plus importante que la réponse. La question implique une recherche et une avancée vers une réponse. Et la réponse n'est peut être pas unique, uniforme pour chaque être, ainsi "LA" réponse unique n'est peut être pas toujours accessible, et ne devient pas ainsi un dogme absolu, voire totalitaire ... Chacun soulevant un pan personnel d'un grand voile. Mais sans doute Dieu tient à rester derrière son voile (notre voile?) si on ne le cherche pas.Vous l'aurez compris chère Clara, ce guide du dévoilement c'est la Thora.

Clara : J'aimais bien le mot devoilage. Cela fait plus léger (volage) et plus perverti (dévoie l'age) et il n'est pas exclu que la révélation y soit pour quelque chose. Pour ce qui est de la Thora il ne faut jamais perdre de vue que les hommes sont à la Thora et non la Thora aux hommes. Sur cette base là je me demande si ce n'est pas Dieu qui par l'intermédiaire de la Thora dévoile chacun de nous en nous révélant à nous-même. Sans doute la connaissance de la Thora est-elle une double action de dévoilement entre les hommes et leur créateur.

Leo ; Car Dieu lui-même se cache par un voile de matière, un voile de rationalité, pour que nous le cherchions. Peut-être est-ce la raison pour laquelle il a crée le Monde: pour que nous le cherchions "véritablement"?

 

... A suivre ...